Vacances : faut-il des transports gratuits pour moins pénaliser les plus pauvres ? 8 juillet 2013 Transport Marie MEHAULT Temps de lecture : 4 minutesSeulement 40 % des ouvriers et des employés partent en vacances chaque année, alors qu’ils sont 7 cadres sur 10 à s’offrir des congés. Et bien sûr, les seconds partent souvent plus longtemps, plus loin, et s’offrent des prestations bien plus luxueuses que les premiers. Des constatations qui n’ont rien de neuf et qui sont, semble-t-il, tout simplement logiques. En revanche, là où l’Etat peut intervenir pour favoriser les classes populaires les moins aisées, c’est évidemment au niveau des transports publics et de leurs tarifs. Car les transports sont l’un des postes les plus onéreux des familles, sur leur budget vacances. Avec la crise économique, la montée du chômage, la hausse du coût de la vie, la cherté des logements etc…, les arbitrages sont de plus en plus drastiques… Et le nombre de Français bien obligés de constater qu’ils ne pourront pas, cette année, s’offrir de vacances, a augmenté. Depuis la fin des années 90, les inégalités des Français devant les transports se sont creusées. Un constat encore plus vrai au moment des grands départs pour les vacances d’été. Alors, il y a ceux qui préfèrent ne partir qu’une seule fois, plus longtemps, au même endroit, plutôt que de devoir payer des allers et retours nombreux. Quand on a un « bon plan », maison de famille ou résidence prêtée par les parents ou les copains, on a tendance à allonger la durée moyenne du séjour, justement pour « rentabiliser » davantage le coût des trajets. Seule 22% de la population française, parvient à partir plusieurs fois durant l’été. Tous les sociologues et psychologues s’accordent à le dire : en période de crise économique, les vacances prennent pourtant une importance majorée, pour les Français : le bol d’air qu’elles représentent est encore plus apprécié, encore plus attendu, encore plus regretté une fois que c’est fini. Du coup, il y a une double discrimination : devant les prix, et au niveau du bénéfice psycho-social que les congés procurent. Le nombre de personnes ayant renoncé à leurs vacances a augmenté de 4 points cette année (1 Français sur 4). Et tout ce monde viendra grossir le rang des pessimistes, lors des prochains sondages sur le moral des Français ! En face, ce sont les professionnels du tourisme qui vont en pâtir : plus les transports sont chers, moins la clientèle vient, ou revient, facilement. Un cercle vicieux, qui pénalise autant les commerçants que les vacanciers qui les boudent ! Alors, faut-il, comme au Brésil, réclamer des transports gratuits, au moins pendant les vacances ? Une idée pas si bête… certaines initiatives vont d’ailleurs déjà dans ce sens, comme par exemple, les TER-MER à un euro l’aller-retour, pendant tout l’été. Résultat : des familles portant la fameuse casquette jaune, heureuses de pouvoir offrir à leurs marmots une journée à la plage, deux ou trois fois dans le mois. Un principe à généraliser ? « Pourquoi pas », répond Jean-Louis Sagot-Duvauroux, qui réfléchit depuis plus de 20 ans à la gratuité des transports. « A Compiègne ou à Aubagne aussi les habitants n’ont plus à débourser un centime pour se déplacer. Cette mesure a fait exploser la fréquentation des transports en commun ». Et il y a fort à parier que si l’on en faisait autant sur les grandes lignes, l’activité touristique exploserait ! Et le coût de cette gratuité des transports serait largement compensé par une nette reprise des affaires partout en France… ce qui boosterait forcément la croissance ! Evidemment, ce schéma peut sembler simpliste, voire naïf. Mais là où l’expérience a été faite, les résultats sont probants : « l’argent prend le pas sur tout », tempête la communiste Magali Giovannangeli, présidente de la Communauté d’Agglomération du Pays d’Aubagne. « Instaurer la gratuité est une alternative osée. Mais, pardon pour le jeu de mots, ça paye ! Car les recettes de billetterie disparaissent, mais aussi les frais d’impression et de gestion des ventes, les salaires des contrôleurs… En même temps, quand les transports sont gratuits, la fréquentation augmente forcément. Alors on met les entreprises à contribution : les employeurs participent aux frais, et ils sont finalement favorables à ce type d’arrangement, car leurs salariés viennent plus facilement en transports en commun, ils sont plus ponctuels, moins fatigués et donc, plus efficaces ! » Une organisation qui semble malgré tout compliquée à transposer sur un plan national ou international… Encore que : il faut bien, face à la crise et à la baisse du pouvoir d’achat, imaginer de nouvelles solutions. A l’échelle de l’Hexagone et pourquoi pas, de l’Europe, une gratuité des transports permettrait de brasser les flux de touristes beaucoup plus facilement et de manière beaucoup plus dense, bon point pour le commerce et l’économie. Au niveau du développement durable et de l’écologie, elle permettrait de très nettes économies en réduisant notablement les flux routiers. « Elle permettrait d’effacer toute distinction entre les riches, aigris de payer plein pot, et les pauvres, accusés d’être assistés en bénéficiant de tarifs sociaux », argumente encore Jean-Louis Sagot-Duvauroux. Enfin, la gratuité des transports redonnerait forcément du pouvoir d’achat aux ménages, disponible pour relancer la croissance par la consommation ! Facebook Twitter LinkedIn E-Mail Marie MEHAULT